
Depuis quelques années on assiste à la montée fulgurante des monnaies virtuelles ou monnaie digitale, la plus connue, la fameuse Bitcoin, inventée par Satoshi Nakamoto dont la valeur est passée en moins de deux décennies de 0,001 $ USD [3] le 5 Octobre 2009 à plus de $ 30 000 USD actuellement. Tenant compte de l’engouement suscité par les monnaies digitales, certaines banques centrales ont lancé ou sont en train de réfléchir à des projets de création de « Monnaies digitales de banque centrale ».
Présentation de la MDBC?
«Une monnaie digitale de banque centrale est d’abord une monnaie, émise par la banque centrale. C’est aussi une monnaie totalement dématérialisée » [5] Certains auteurs font remonter l’apparition des monnaies digitales a la crise financière de 2008 qui a eu pour conséquences une digitalisation des transactions, une baisse du rôle du cash et une chute de la confiance du public dans les banques. Cette situation a donné lieu à la recherche d’alternatives aux monnaies traditionnelles d’où la création des monnaies digitales. Cependant la montée de cette forme de monnaie ainsi que l’annonce de projet de monnaie digitale a visée mondiale de certaines grandes entreprises technologiques ont soulevé l’inquiétude des banques centrales, les portants à réfléchir sur leur propre monnaie digitale.
Les projets de MDBC en gestation
Selon la Banque des règlements internationaux (BRI), 80 % des banques centrales dans le monde s’intéressent aujourd’hui aux monnaies digitales. En février 2020, la banque de Suède a débuté avec l’expérimentation de son « E-krona », au cours de la même année, la banque centrale d’Angleterre et celle de France ont lancé des consultations pour leur projet de monnaie digitale. La même tendance est observée dans les Bahamas, en Equateur, au Canada, en Haïti, au Danemark et au Brésil avec des stades de développement plus importants d’un pays à un autre. L’un des pays les plus avancé en la matière, la chine, a lancé une expérimentation à grande échelle de sa monnaie baptisée DCEP « Digital Currency Electronic Payment »[1] ou la population l’utilise déjà pour certaines transactions.
Intérêts des banques centrales pour la MDBC
L’ascension des monnaies digitales (les cryptomonnaies) ainsi que les projets de monnaies virtuelles des grandes entreprises technologiques telle que Facebook (Libra)[2] représente une menace pour la souveraineté monétaire des Etats. En plus, afin de profiter des atouts des nouvelles technologies dans le domaine de la finance, les banques centrales se sont engagées dans des réflexions ou des expérimentations à petites échelles de leur monnaie digitale. Ci-dessous, nous listons 3 des principaux motifs pouvant expliquer l’intérêt des banques centrales dans les monnaies digitales.
- Affirmer la souveraineté monétaire des Etats
Le fonctionnement des systèmes de paiement repose actuellement sur l’utilisation massive de deux types d’actifs de règlements largement complémentaire et échangeables à tout moment au pair : la monnaie de banque centrale, l’actif de règlement ayant seul cours légal, utilisé lors des transactions entre les intermédiaires financiers et la monnaie de banque commerciale, largement utilisée dans les transactions de détails. Or au lieu de le compléter, l’ambition de la plupart des projets de cryptomonnaies est de concurrencer ce système en mettant en circulation des moyens de paiements hors du contrôle de toute autorité centrale et dont la valeur ne se base que sur la spéculation. Avec l’intérêt de plus en plus croissant pour les cryptomonnaies et tenant compte du pouvoir des entreprises technologiques telles que Facebook et Amazon une grande adoption des cryptomonnaies comme moyens de règlements vaudrait a enlever aux Etats leur souveraineté en matière monétaire. En ce sens, l’intérêt des banques centrales pour la monnaie digitale peut s’expliquer par sa volonté de répondre à l’engouement des consommateurs pour les monnaies digitales, de contrecarrer les projets de monnaies digitales des grandes entreprises technologiques et maintenir sa souveraineté en matière d’émission monétaire.
- Favoriser la stabilité financière face à la baisse de l’utilisation du cash
Le déclin des transactions en cash dans certaines sociétés représente une menace pour la stabilité financière. En effet, avec la progression des transactions électroniques, l’utilisation de l’argent liquide a connu une baisse, en particulier dans les sociétés économiquement plus avancées. Ainsi, selon la banque centrale européenne « 68% des achats en magasin étaient payés en espèces en 2016 contre 59% en 2019 »[3]. Les transactions électroniques stimulées par le commerce en ligne ont accéléré l’utilisation de la carte bancaire et d’autres moyens de paiements électroniques. Cette baisse dans l’utilisation du cash signifie une augmentation dans l’utilisation des moyens de paiement électronique, en s’intéressant donc à la monnaie digitale, les banques centrales veulent garantir la stabilité financière, notamment en assurant le contrôle entre la demande pour la MDBC et celle pour la monnaie fiduciaire.
- Renforcer l’inclusion financière
Selon la banque mondiale, 1,7 milliards[4] d’adultes sont non-bancarisées dans le monde en 2017, localisées en majeur parti dans les pays en développement, ces personnes sont exclues du système financier et se trouvent ainsi privées des ressources financières qui pourraient les aider à sortir de la pauvreté. En Haïti, selon une enquête réalisée par FinScope Haïti 2018, le pourcentage de la population adulte exclue du système financier s’établit à 46%[5]. Avec l’avènement de la monnaie digitale de banque centrale (MDBC), il semble plus facile de renforcer l’inclusion financière. En effet, un utilisateur pourra accéder a la MDBC via une carte à puce, un téléphone, un ordinateur, un téléphone intelligent ou de base. Il pourra ainsi effectuer des transactions peu importe l’endroit où il se trouve sur un territoire donné.
La MDBC en Haïti
A l’instar de plusieurs banques centrales, la Banque de la République d’Haïti travaille depuis 2019 sur son projet de gourde digitale. En poursuivant ce projet, la banque des banques entend « prendre des initiatives afin de renforcer le système de paiement et répondre aux attentes des consommateurs pour la protection des transactions, maintenir la confiance du public, assurer la stabilité du système financier et surtout favoriser une plus grande inclusion financière de la population vivant dans les zones reculées »[6]. La monnaie digitale de banque centrale haïtienne, baptisée Bitkob[7], devrait facilement être adoptée par la population considérant que cette dernière est déjà habituée à effectuer des transactions électroniques via les plateformes disponibles au pays.
Perspectives
Il n’y a aucun doute sur la continuelle expansion des monnaies digitales, nous nous acheminons définitivement vers un futur sans cash. Cependant, considérant le niveau inégal de développement des pays, une adoption massive des monnaies digitales sera plus observables dans les pays développés alors qu’une forte utilisation du cash persistera dans les pays moins développés. Toutefois, le cash ne va pas complètement disparaitre, il pourrait être utilisé en complément avec la MDBC comme le prévoit certaines banques centrales. Pour ce qui concerne l’émission des monnaies digitales, les banques centrales vont s’assurer de préserver leur prérogative en la matière mais il se pourrait aussi que les grandes entreprises technologiques arrivent à émettent leur propre monnaie en conformité aux directives des banques centrales. La monnaie digitale représente l’avenir, c’est une évolution majeur de la monnaie, en tant que premières concernées, les banques centrales ne sauraient ne pas s’y intéresser. Toutefois certaines questions émergent : Est-ce que les particuliers pourront avoir un compte dans les banques centrales ? Quel sera le rôle des banques commerciales dans le cas d’une adoption massive des MDBC ? Quels sont les risques en termes de sécurité informatique pour les MDBC ?
[1] https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-monde-est-a-nous/la-chine-teste-sa-monnaie-virtuelle-et-c-est-un-vrai-bond-en-avant_4345959.html
[2] https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-22-hiver-2020/dossier-les-politiques-monetaires-des-banques-centrales/article/le-projet-libra-design-fonctionnement-et-gouvernance#t3-2-Libra-que-peuvent-faire-les-regulateurs
[3] https://www.google.com/amp/s/www.bfmtv.com/amp/economie/malgre-la-progression-des-paiements-par-carte-en-france-le-cash-ne-va-pas-disparaitre_AN-202101200227.html
[4] https://www.banquemondiale.org/fr/news/immersive-story/2018/05/18/gains-in-financial-inclusion-gains-for-a-sustainable-world
[5] http://lenational.org/post_free.php?elif=1_CONTENUE/economies&rebmun=2513
[6] https://www.brh.ht/discours-du-gouverneur-a-loccasion-du-lancement-du-concours-national-dappellation-de-monnaie-digitale-de-la-brh/
[7] https://lenouvelliste.com/article/227767/bitkob-le-nom-de-la-monnaie-centrale-digitale